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De l’essor au recul : analyse du renversement de la croissance démographique au Canada

Statistique Canada a récemment publié ses plus récentes estimations démographiques (pour le premier trimestre de 2026), ventilées selon les différents facteurs qui contribuent à la croissance ou au recul de la population canadienne. Ces chiffres montrent que le recul démographique observé en 2025 s’est poursuivi au début de l’année 2026.

En 2022 et 2023, le Canada a enregistré des niveaux exceptionnels de croissance démographique. La croissance démographique annuelle totale est passée de 936 000 en 2022 à un sommet d'un peu plus de 1,2 million en 2023. Cette trajectoire a changé de façon marquée en 2024 et, dès 2025, la tendance s’est inversée pour aboutir à une diminution nette de la population : au cours de l’année 2025, la population canadienne a diminué d’un peu plus de 100 000 habitants. Cette tendance à la baisse s’est maintenue au premier trimestre de 2026, qui a connu une nouvelle baisse de 55 000 habitants.

Le graphique ci-dessus illustre clairement cette transition. Il met également en évidence les principaux facteurs à l'origine de ce renversement de tendance : le recul s'explique essentiellement par une baisse des arrivées et, parallèlement, par une augmentation des départs au sein de la catégorie des résidents non permanents. Pendant ce temps, le solde naturel (différence entre les naissances et les décès) n'a joué qu'un rôle limité dans le volume global des mouvements de population. En effet, le solde naturel n'a contribué à la croissance démographique qu'à hauteur de 35 000 personnes au maximum au cours d'une année donnée.

L'évolution du nombre de résidents non permanents reflète un réajustement significatif de la politique d'immigration canadienne. Le principal moteur de ce changement démographique a été la directive de mars 2024 du gouvernement fédéral visant à instaurer un plafond officiel pour les résidents temporaires, dans le but de ramener leur proportion à 5 % de la population totale du Canada sur une période de trois ans. Cet objectif s’est accompagné d’une série de modifications législatives et réglementaires touchant plusieurs volets clés de la politique d’immigration, notamment des révisions du Programme des étudiants étrangers, des ajustements au Programme des travailleurs étrangers temporaires et un resserrement des critères d’admissibilité au permis de travail ouvert pour les conjoints.

L’un des principaux objectifs de ce changement de politique était d’alléger la pression sur le marché du logement, et certains signes indiquent une stabilisation dans ce secteur. Selon TD Economics, la hausse des loyers des logements construits spécialement pour la location a considérablement ralenti, pour se stabiliser à un taux estimé entre 3 % et 3,5 % en 2026, soit environ la moitié du taux de croissance observé lors du pic de 2024. Les marchés locatifs secondaires et ceux des appartements en copropriété détenus à des fins d'investissement dans les grands centres urbains se sont également refroidis, entraînant une hausse des taux d’inoccupation et une pression à la baisse sur les loyers demandés.

Si certains économistes soulignent que le ralentissement de l’immigration a peut-être atténué la hausse du taux de chômage, certains secteurs qui dépendent davantage des travailleurs étrangers temporaires (comme l’agriculture, l’hôtellerie, le commerce de détail et les établissements de soins de longue durée) ont fait état de difficultés opérationnelles. De plus, la mise en place d’un plafond sur les permis d’études internationaux a entraîné un réajustement budgétaire immédiat au sein de l’enseignement supérieur. Des établissements d’enseignement supérieur à travers le Canada prévoient d’importants déficits budgétaires, plusieurs d’entre eux affichant des déficits de plusieurs millions de dollars. Pour compenser la perte soudaine des revenus générés par les frais de scolarité élevés des étudiants internationaux, de nombreux établissements ont gelé les embauches, reporté la modernisation de leurs infrastructures, supprimé des programmes spécialisés ou annoncé des licenciements.

En fin de compte, les dernières données démographiques reflètent une transition délibérée, passant d’une croissance démographique alimentée par la demande, au début des années 2020, vers un modèle plus réglementé de croissance contrôlée. S’il est avéré que la réduction du nombre de résidents non permanents permet d’atteindre efficacement son objectif immédiat, à savoir atténuer les pressions graves exercées par la demande sur le logement et les infrastructures, elle a simultanément engendré de nouveaux défis pour d’autres secteurs, notamment l’enseignement supérieur et les industries dépendantes de la main-d’œuvre.

Alors que le Canada progresse en 2026 vers son objectif de ramener la proportion de résidents temporaires à 5 % de la population, le défi majeur pour les décideurs politiques fédéraux et provinciaux restera de trouver un juste équilibre : préserver les avantages à long terme de la stabilisation des infrastructures publiques tout en atténuant les effets négatifs d’un recul de la population. Cela nécessitera une collaboration étroite entre les gouvernements fédéral et provinciaux afin d’ajuster les cibles d’immigration pour les secteurs qui dépendent davantage des travailleurs étrangers temporaires, ainsi que d’évaluer les mesures de soutien supplémentaires requises, en particulier pour le secteur de l’enseignement supérieur.

 

1 https://economics.td.com/ca-dial-back-of-immigration-intended-impacts (en anglais)

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